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Rencontre nationale du 15 mars 2007 pour un moratoire sur l'incinération des déchets

# Modifié le 21/03/2007 à 16 h:39

L'incinération : risques sur la santé et l'environnement

Victor Hugo Espinosa - Ingénieur en Risques Majeurs - Président d'Ecoforum

Actuellement, la France produit chaque année un volume de déchets équivalent à celui du Mont Blanc. Environ la moitié de notre poubelle est composée d'emballages et un quart au moins est constitué de matières biodégradables. La principale préoccupation provient de la quantité de nos déchets et de leur toxicité. S'il n'y a pas de solution miracle pour l'ensemble des déchets, il existe par contre une solution écologique pour chaque groupe de déchets tout en respectant « le droit de respirer un air qui ne nuise pas à la santé » La pollution de l'air constitue une des préoccupations les plus fortes pour les citoyens, face à laquelle on ne peut rester insensible.

Oui, la pollution nous angoisse. Nous respirons en moyenne 15.000 litres d'air par jour qui ressemblent de plus en plus à un cocktail empoisonné, composé de microparticules d'acides, d'oxydes d'azote , de substances chimiques organiques, de métaux, de poussière et d'allergènes.

La France est un des pays européens qui brûle le plus de déchets : 12 millions de tonnes d'ordures par an, avec 134 fours d'incinération en activité. En France, nous estimons que l'incinération émet 80 millions de tonnes de fumées dont 11 millions de tonnes de CO2, métaux lourds, dioxines, HAP (hydrocarbure aromatique polycyclique), COV (composés organiques volatiles) …

Les déchets ne disparaissent pas. « Rien ne se perd, tout se transforme » (Lavoisier) C'est ainsi que notre corps, tôt au tard, devient la décharge final ! Longtemps dénoncés par les associations, les risques et les conséquences sur la santé des riverains commencent à être mis en évidence par les scientifiques. Un rapport récent de l'Agence Européenne pour l'Environnement montre que, environ 60.000 décès par an sont imputables à une exposition prolongée à la pollution de l'air. Les enfants sont davantage exposés aux risques environnementaux que les adultes.

Des nouveaux déchets très cancérigènes

L'incinération des déchets rejette des polluants toxiques, cancérigènes et dangereux pour la santé et la chaîne alimentaire. Les « nouveaux déchets » sont issus de produits fabriqués à partir de plus de 100.000 produits chimiques différents, dont pour la plupart des effets sur la santé sont inconnus. La composition, extrêmement hétérogène, des déchets entraîne la formation de près de 2000 molécules différentes lors de la combustion : plomb, chrome, cuivre, manganèse, nickel, d'arsenic, mercure… Une grande quantité de ces polluants cancérigènes n'est pas réglementée, donc non contrôlée. La réglementation actuelle ne concerne qu'une petite quantité de polluants (certaines dioxines et certains métaux lourds).

Le cadmium a des effets aigus et des effets chroniques : lésions rénales, puis hypertension et lésions osseuses. Quant au plomb il provoque le saturnisme : anémie, maux de tête, perte de poids, irritabilité, paralysie du larynx et très probablement une atteinte à la production de sperme chez l'homme. Le mercure est un toxique bioaccumulation, tant pour les végétaux que pour le règne animal.

Plusieurs études ont démontré qu'une exposition prolongée à ces produits peut causer des cancers, des malformations à la naissance et des fausses couches. Ces produits peuvent également induire des lésions importantes dans le système de reproduction, provoquer la stérilité, affaiblir le système immunitaire et être à la source de problèmes aux reins, au foie et aux poumons. Des recherches récentes ont suggéré des liens possibles entre des formes de cancers rares, comme le cancer du larynx chez l'adulte, et la présence d'incinérateurs de produits toxiques.

La dioxine est un puissant dérégulateur du vivant

Elle détruit le système hormonal et ce faisant, remet en cause la croissance, le développement et la régulation des organismes. Ceci est particulièrement grave étant donné que le nourrisson est celui qui reçoit les plus fortes doses de dioxines par le lait maternel. Elles se retrouvent dans le lait maternel des femmes de nos pays industrialisés à un taux 100 fois supérieur à la norme de l'O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé) ce qui veut dire que le lait maternel serait interdit s'il était en vente en pharmacie! Il nous semble important de faire toute la lumière et d'exiger de la transparence et de l'information envers les victimes.

Depuis 1994, l'Etat reconnaît que les incinérateurs fabriquent un des produits chimiques parmi les toxiques : la dioxine ! Elle peut engendrer des cancers du cerveau et des tissus mous (glandes endocrines, thyroïde, testicules, nez), sans oublier des troubles de la reproduction, réduction de la fertilité. Notre corps met 7 ans pour éliminer la moitié des dioxines qu'il ingère.

Même si la dioxine chlorée est réglementée, la dose admise reste dangereuse. D'autres dioxines non réglementées comme la dioxine bromée (retardateur de flammes : moquettes…), certains métaux lourds, les COV, les POP et diverses pollutions seront émis.

Un téléphone portable par exemple, contient plus d'une dizaine des produits qui deviennent cancérogènes quand ils sont incinérés. Si on les recycle, ces produits sont inoffensifs et deviennent de nouvelles matières premières.

Afin de vendre l'incinération comme une solution miracle visant à faire disparaître les déchets, la pollution émise par celle ci est passée sous silence. En plus des 80 millions de tonnes de fumées émises, 3,8 millions de tonnes mâchefers (métaux lourds, dioxine…) et plus de 500 000 tonnes de REFIOM (retenus dans les filtres présents dans les cheminées) chargés de métaux lourds, dioxines, sont produits en France.

La France : toujours mauvaise élève !

La France, toujours mauvaise élève, est en retard pour transposer la Directive européenne 2004/107/CE du 15 décembre2004 sur les métaux lourds et les HAP. Celle-ci impose le contrôle de 5 métaux lourds (Cadmium, Nickel, Arsenic, Mercure, Plomb) et des HAP, dont le Benzène. L'incinération des déchets est une des principales causes de production de ces polluants.

Une loi qui ne respecte pas la santé des citoyens

Les lois actuelles limitent la pollution en réglementant le non dépassement d'une certaine «dose» par m3. Quelques années auparavant, il s'agissait de incinérateurs d'une capacité de 30.000 tonnes, mais aujourd'hui la capacité est au moins de 300.000 tonnes. En conclusion, la loi autorise à polluer 10 fois plus… en toute légalité, mais pas en toute égalité, ni fraternité. Il nous semble évident qu'il faudrait rapidement ajouter une réglementation qui limiterait la pollution cumulée pour les riverains.

La Directive européenne, dans son article 1er, stipule que " l'Etat [...] les collectivités territoriales concourent [...] à une politique dont l'objectif est la mise en oeuvre du droit reconnu à chacun à respirer un air qui ne nuise pas à sa santé" et dans son article 2, elle définit la notion de "pollution atmosphérique à savoir […] l'introduction par l'homme [...] dans l'atmosphère [...] de substances [...] de nature à mettre en danger la santé humaine, à nuire aux ressources biologiques et aux écosystèmes [...]". Si nous appliquons l'esprit de la loi sur l'air, l'incinération devrait être interdite.

Un contrôle incontrôlable ou absent

L'incinération est soumise à un autocontrôle sur les substances réglementées. Comment peut-on faire confiance aux responsables qui sont à la fois « juge et parti »? Les contrôles réalisés par la DRIRE, avec de faibles moyens et un nombre de contrôleurs insuffisants, sont inefficaces. De plus, le contrôleur donne un préavis avant chaque contrôle. C'est comme si la police vous prévenait la veille d'un contrôle d'alcoolémie. Sur des dizaines de molécules non réglementées mais reconnues cancérogènes aucun contrôle n'est effectué.

Malgré l'inefficacité du système, les coûts sont de plus en plus élevés: 1 milliard d'euros à la charge des contribuables d'ici à la fin de l'année pour limiter timidement la pollution, sans supprimer les rejets atmosphériques!

Conclusion

Personne ne cherche ce que l'on ne veut pas trouver. Il serait temps de réaliser systématiquement des analyses et des études dans le panache de pollution de chaque incinérateur en direction des vents dominants, ce que nous appelons « le couloir du cancer ». Ces études pourront enfin déterminer que pour les gens qui habitent sous ces zones, les taux de cancer et des maladies diverses, sont plus importants à cause de la pollution liée à l'incinération.

Dans une perspective de saine politique en santé publique, il serait nécessaire de développer les écoproduits. Ce sont des produits qui au cours de leur cycle de vie génèrent un minimum de facteurs d'impacts sur la qualité de l'air, de l'eau et des sols, tout en générant un minimum de déchets non toxiques, récupérables, recyclables ou biodégradables.

Le droit à la contre-expertise est impératif dans une vraie démocratie. Les contre-pouvoirs doivent disposer de véritables moyens financiers pour informer, contrôler, analyser et intervenir sur un plan juridique.

L'incinération est « un plan d'intoxication durable » où les effets chroniques auront sûrement des conséquences très graves pour la santé des citoyens. Désormais, les élus qui choisissent l'incinération sont informés, ils sont donc responsables des conséquences sur l'homme et leur environnement.

Un marché de 15 milliards d'euros en France ! De gros bénéfices à la clé, payés par nos impôts. Arrêtons de donner la priorité aux bénéfices de quelques-uns : nous, contribuables, ne voulons pas payer pour être pollués.