Les raisons d’un moratoire
# Modifié le 21/03/2007 à 16 h:39
Les nouveaux incinérateurs sont-ils « propres » et sans danger ?
NON : L’arrêté du 20 septembre 2002 a fixé de nouvelles normes, certes plus
strictes, pour certains polluants émis par les incinérateurs, notamment les dioxines et
furannes. Mais seule l’analyse d’une vingtaine de paramètres est obligatoire alors
qu’environ 2000 molécules différentes sont produites par l’incinération. Le « cocktail
chimique » constitué par les fumées d’incinération constitue une véritable bombe à
retardement dont les effets commencent à peine à être connus. La dioxine dite de
« Seveso » n’a été classée comme cancérigène par le Centre International de la
Recherche sur le Cancer qu’en 1997.
De plus, cette diminution des normes est plus le reflet de la faisabilité technique que
de la prise en considération des risques sanitaires. En ce qui concerne les métaux
lourds et les polluants organiques persistants comme les dioxines, il n’y a pas de
quantité tolérable puisque ces composés ont le pouvoir de s’accumuler dans
l'environnement et dans les tissus corporels (bio-accumulation). Autrement dit, la
fumée qui s’échappe des incinérateurs, quelque soit la norme appliquée, et quand
bien même elle est composée majoritairement de vapeur d’eau et de gaz
carbonique, ne peut être qualifiée autrement que de toxique.
L’abaissement des seuils réglementaires pour les rejets des fumées (quantité par
m3), seule donnée mise en avant par les promoteurs de l'incinération, passe sous
silence l’augmentation en parallèle des volumes de fumées dans les nouveaux
« méga-incinérateurs », certes moins nombreux, mais aux capacités 70% plus
élevées qu’en 2000.
Les incinérateurs, même modernes et aux normes, contribuent donc fortement à la
pollution de l'air. En 2003, les émissions des incinérateurs représentaient 40 % des
émissions totales de mercure et de cadmium en Île-de-France (ORS; DEUR, 2005).
Les systèmes de traitement des fumées limitent une partie de la pollution rejetée
dans l’atmosphère, mais ne la suppriment pas : ils la transfèrent en partie vers des
résidus solides appelés REFIOM (Résidus d’épuration des fumées d’incinérateur
d’ordures ménagères). Les REFIOM sont bien plus que des « cendres inutilisables »
puisqu’ils sont classés déchets dangereux et, à ce titre, doivent être stockés en
décharge de classe I (déchets dangereux) à des coûts très élevés (500 euros/tonne).
Il existe 14 décharges de ce type en France, qui sont autant de sites à risque pour
l’environnement et la santé publique, à plus ou moins long terme.
Quel que soit le procédé utilisé, une part non négligeable de la pollution se retrouve
toujours dans les mâchefers, résidus solides recueillis à la base du four de
combustion. Aujourd’hui, ces mâchefers, encore mal connus, ne sont réglementés
que par une simple circulaire datant de 1994 (Circulaire du 9 mai 1994), alors même
que la dioxine n’était pas encore classée comme cancérigène. Encore une fois, la
pollution de l’environnement se fait de manière diffuse et insidieuse par un stockage
en décharge de classe II (destination de nos déchets ménagers ultimes) ou par une
« pseudo-valorisation » où les mâchefers vont être dispersés dans l'environnement
(utilisation en soubassement routier) afin d'éviter les coûts de mise en décharge.
Pages de l'article
- L'incinération présente-t-elle un risque pour la santé publique ?
- Les nouveaux incinérateurs sont-ils « propres » et sans danger ?
- L'incinération fait-elle disparaître les déchets ?
- L'incinération est-elle une opération de valorisation ?
- L'incinération est-elle une source d'énergie renouvelable permettant de lutter contre le réchauffement climatique ?
- L'incinération crée-t-elle des emplois et est-elle favorable à l'économie locale ?
- L'incinération des déchets est-elle un frein au développement des filières alternatives ?
- L’incinération n’est-elle pas indispensable pour réduire la mise en décharge ?
